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Pourquoi le tourisme ne décolle t-il pas à la Réunion?

Introduction

Comme beaucoup de réunionnais, lors de mon retour à la Réunion, je me suis demandé pourquoi une île aussi agréable,2006-10-19-10-29-10-plage-de-l-hermitage-reunion originale et complète que la Réunion n’arrivait pas à perçer pas au niveau du tourisme mondial. Notre île propose non seulement des plages qui n’ont rien à envier à celles de Maurice par exemple (certes, il y a plus de plage à Maurice) mais à la Réunion, nous disposons de paysages incroyables (Cirques, Plaines des Cafres, etc…), des randonnées sportives, un volcan parmi les plus actifs de la planète, etc….

Après un an de réflexion et de rencontres avec les entreprises de la Réunion, je suis désormais en mesure de proposer des pistes de réflexion sur ce véritable problème pour l’île.

Cet article n’a pas la prétention de donner des leçons à qui que ce soit mais se propose de lister certains problèmes que rencontrent notre île et que nous devons résoudre.

Avantages de la Réunion

Avant toute analyse, il faut tout d’abord lister les raisons qui me poussent à croire (et je ne suis pas le seul) que la Réunion n’exploite pas son potentiel touristique au maximum.

  1. La Réunion est une des très rares îles, voire la seule à rassembler autant de paysages différents permettant aux visiteurs de passer notamment d’une plage de sable blanc, à une végétation luxuriante en passant par un paysage lunaire, des reliefs extraordinaire ou un volcan hyperactif. Très peu d’endroit peuvent proposer une si large palette.
  2. Cette diversité de paysages offre également une large diversité d’activités possible (sportives, farniente, etc…)
  3. Nous disposons d’une richesse culturelle et ethnique parmi les plus remarquable de la planète.
  4. La gastronomie locale plait beaucoup aux touristes et n’a pas d’équivalent dans le monde.
  5. Pendant que certains DOM-TOM créent la polémique autour de propos racistes, la Réunion est connue pour être une terre accueillante où le racisme ne se fait pas sentir auprès des touristes.
  6. Nous sommes français ce qui constitue un vrai avantage pour bon nombre de métropolitains qui préfère avoir la sécurité de rester sur le territoire national lors de leurs vacances.
  7. Nous sommes un petit bout d’Europe en plein milieu de l’Océan Indien, en bonne position au sein des autres îles de l’archipel des Mascareignes

Je pourrais continuer longtemps sur les points forts de l’île mais ce n’est pas le but de cet article.

De vrais problèmes

Le but de cet article est en réalité de souligner les problèmes qui à mon sens (et cela n’engage que moi) freinent réellement le tourisme de l’île et par conséquent son développement. Voici donc à mon sens les éléments qui empêchent l’île d’exprimer pleinement son potentiel.

  1. Le prix exorbitant des billets d’avion: Ce premier problème amène 2 commentaires. Le premier étant que définitivement les prix sont trop élevés. Récemment, une de mes amies métropolitaines m’a appelé en me disant qu’elle avait pensé venir à la Réunion en vacances mais en regardant les prix sur Internet, elle s’est vite ravisée et est partie en Guadeloupe pour 600€ de moins. En revanche, je ne pense pas le problème vienne des compagnie aérienne. Si le marché est prêt à payer des prix dépassant les 1 000€, les compagnies seraient stupides de ne pas en profiter. Il est difficile d’envisager une subvention du billet d’avion par l’Etat. Sur quelles bases devraient être effectuée cette subvention? pour quelles personnes? Difficilement réalisable. Le vrai problème est qu’il faut attirer d’autres compagnie pour que les prix baissent. Or, aucune compagnie nouvelle n’est prête à s’engager sur ce marché contrôlé par 3 compagnies, et ce pour un marché minuscule à l’échelle mondiale. La seule solution est bien entendu de travailler en amont et de faire en sorte que la Réunion devienne de plus en plus attractive. Si le trafic augmente sur l’île et que les touristes deviennent de plus en plus nombreux, il y a de fortes chances que de nouvelles compagnies s’intéressent à ce marché. D’ailleurs, c’est exactement, ce qu’il s’est passé en République Dominicaine. Les professionnels ont proposé des packages et des offres intéressants, le trafic a augmenté: l’afflux de nouvelles compagnies a fait diminué de moitié les tarifs.
  2. Le manque de capacités hôtelières: Nous disposons de très peu d’hôtels de très grande qualité. De plus, le groupe Apavou qui était il y a 2 ans le premier groupe hôtelier de la Réunion en terme de capacité d’accueil a complètement changé sa stratégie et a transformé ses hôtels en résidences hôtelières et en meublés de tourisme. Il ne nous reste plus que Les villas du Lagon et Les villas du Récif (du groupe Mauricien Naiades), le Palm Hotel, le Saint Alexis, et quelques autres hôtels de qualité. En tout cas, nous sommes encore très loin des capacités de l’île Maurice par exemple ou des Antilles.
  3. Le manque de structure d’accueil et de loisirs: Beaucoup de touristes se plaignent du manque de prise en charge, du manque de loisirs, etc… Il suffit pour s’en convaincre de prendre le cas récent des navires de croisière qui depuis le 18 décembre commencent à desservir l’île. Bon nombre de passagers de ces navires ne daignent pas descendre du navire lors de l’escale sous prétexte que le port de la Pointe des Galets n’est pas très accueillant et qu’il n’y a pas de boutique. Alors sur ce point, je rejoins tout à fait le président de la CCIR lorsqu’il déclare qu’il ne va pas investir des millions d’euros en sachant que les compagnies peuvent décider de ne plus faire escale à la Réunion du jour au lendemain. Mais, il est complètement inconcevable d’accueillir des anglais, allemands et autres dans un port industriel, sans aucun système d’accueil et de prise en charge des passagers. Quelle image pour l’île? Il aurait fallu réfléchir à un partenariat avec Costa Croisières ou des prestataires locaux pour une meilleure prise en charge.
  4. Le manque de service et de qualité d’accueil: Comme dans l’ensemble des DOM, bon nombre d’habitants de la Réunion considère qu’accueillir et « servir » des touristes peut être dégradant. De plus, rares sont les Réunionnais à parler anglais. Le niveau de service sera difficilement au même niveau que celui qui est fourni à Maurice par exemple. La solution serait effectivement de mettre en place des centres de formation « de qualité » où les employés apprendraient un vrai savoir faire (peut être exportable) sur des marchés de niche comme l’hôtellerie de luxe. Dans ce cas, je pense que bon nombre de locaux verraient moins d’inconvénients à travailler dans un hôtel.
  5. Le manque d’investisseurs locaux: Dans beaucoup de petits pays ou dans les îles de manière générale, le développement du tourisme est souvent le fait d’une personne ou d’un petit groupe de personnes qui investissent massivement dans le développement d’infrastructures. Aux Bahamas ou à Ibiza par exemple, un petit nombre d’investisseurs a pris la décision de développer l’île, a investi et tout le monde connait la suite. A la Réunion, les investisseurs disposant d’une capacité d’investissement suffisante se comptent sur les doigts d’une main et il n’est pas sûr qu’ils s’engagent dans une aventure aussi risquée alors que leurs activités respectives se passent très bien. Je pense notamment à un Abdul Cadjee (qui a quand même lancé l’hôtel Concorde), Jacques de Châteauvieux, Armand Apavou, etc… ou d’autres moins connu mais bizarrement, le tourisme est rarement au coeur de leurs préoccupations.
  6. Le manque de communication claire: Pour moi, il s’agit certainement d’un des points les plus importants. Alors effectivement, la Région a dépensé 14M€ pour une belle campagne de promotion il y a quelques temps. Mais je crois sincèrement qu’on se trompe de message. Effectivement, la Réunion est la terre idéale pour les amoureux de la nature, des randonnées, … mais il ne faut pas axer le message sur ce genre d’activités qui restent à marginal à l’échelle du tourisme mondial. Un parisien (je suis bien placé pour le savoir, je l’ai été pendant plusieurs années), ne rêve que d’une seule chose: « quitter son 40 ou 50m², en plein milieu d’une ville toujours animée, pour une semaine ou 2, de plages, de farniente, de réel dépaysement mais surtout de repos (et de fête le soir peut-être) ». Alors nous devrions plutôt orienté notre message de communication vers quelque chose qui ressemblerait à ça:  » Vous pensiez que la Réunion se résumait à des montagnes? à de la végétation luxuriante? Détrompez-vous, la Réunion c’est avant tout, des plages qui n’ont pas à rougir des plages mauriciennes (même si il y en a plus à l’île Maurice), du farniente non stop si vous désirez, mais EN PLUS, si vous vous ennuyez pendant vos vacances, vous pourrez vous octroyez des séances de randonnées, des séances de découvertes des paysages de l’île, du volcan…. ». Et non pas une publicité incompréhensible de 0° de solitude et 360° de plénitude… nous ne sommes pas une maison de retraite. Personnellement, j’ai déjà l’affiche en tête. Il faut impérativement détruire cette image que les gens ont. Récemment, un de mes amis était à la Réunion et il m’a dit être étonné qu’à la Réunion, il y ait des plages. Pour beaucoup de métropolitains, la Réunion est une île sauvage, conseillée uniquement aux sportifs.
  7. Le manque de consensus local: Enfin, je ne pouvais finir ce tour d’horizon des problèmes du tourisme sur l’île sans parler du fond du problème. Aujourd’hui, la politique touristique de l’île est dictée par l’IRT, une antenne de la Région Réunion. Depuis que je suis rentré à la Réunion, je n’entends pas beaucoup parler des politiques innovantes de l’IRT mais plutôt, des guéguerres internes pour placer les amis, la famille, etc… Encore pire, j’ai des connaissances qui travaillent dans cette entité. Et selon eux, les dirigeants sont fermés; ils ont une vision ancienne et rigide du tourisme. Et il est difficile d’insuffler une dynamique nouvelle et immédiate à ce mastodonte géré comme une administration. A mon sens, il faudrait surtout confier cet organisme aux professionnels du tourisme. Le président devrai être un dirigeant d’hôtel, de restaurant ou autres mais pas une personnalité politique de l’île. Croyez-moi, un professionnel du tourisme dont la survie dépend de l’afflux touristique trouvera bien plus de solution et de politiques innovantes qu’un fonctionnaire, bridé par son ou ses dirigeants. Bien entendu, les professionnels du tourisme auraient besoin d’aide et là, il faudrait recruter des aides administratives, juridiques et commerciales.

Un vrai projet à mettre en place

Avant toute chose, il faut remettre à plat le principe même de l’IRT. Faire en sorte qu’à la tête de l’IRT, on ait UNIQUEMENT des professionnels du tourisme. Ensuite, il faudrait suivre différentes étapes:

1/A mon sens, le point de départ doit venir de l’Etat. Compte tenu du manque d’investisseurs locaux et des montants d’investissements nécessaires, il faut que l’Etat prenne ses responsabilités (je pense notamment aux 2 conseils régionaux et départementaux). L’Etat prend bien des participations dans des entreprises privées sur des secteurs qu’il estime stratégiques (Total, Peugeot et Renault récemment). Le tourisme est tout aussi, si ce n’est plus, important que le développement d’infrastructures comme la route des Tamarins ou le Tram Train. Il faut donc que l’Etat mette à disposition les fonds, fassent construire les installations (avec des investisseurs privés) et à terme les revendent après une petite période d’exploitation.

2/ Les fonctionnaires ne doivent surtout pas gérer ces nouveaux investissements. La construction doit être confiée à des entreprises privées comme c’est le cas sur la route des Tamarins. La gestion devrait être confiée à des gestionnaires confirmés du privé, qui ont une rémunération sur la base de leur rentabilité affichée. Une fois, l’entreprise lancée, l’Etat devrait se retirer avec un prix de vente lui permettant de récupérer la somme investie.

Je tiens à rajouter qu’en général, je suis contre un interventionnisme de l’Etat mais sans cette intervention, je peux vous assurer que nous resterons au niveau auquel nous sommes actuellement. Il faut que l’Etat nous mettre le pied à l’étrier. Et avant d’investir 14M€ en Europe, il faut surtout les investir localement. Il faut bien avoir en tête que si le tourisme se développe, nous y avons tous à gagner.

3/ Ensuite, quand nous aurons les capacités d’accueil de qualité, il faudra lancer une réelle campagne de publicité « choc ». La Réunion, c’est DES PLAGES comme partout MAIS EN PLUS, nous avons toutes les choses que les autres îles n’ont pas Volcan, Gastronomie, Randonnées, etc… Il faut des publicités agressives. C’est à la mode en ce moment.

4/ Mettre en place des centres de formation de qualité qui feront que nous disposerons de main d’oeuvre de qualité et que nous pourrons viser une clientèle plus aisée.

5/ Mettre en place des produits d’appels: des packages (hôtels+restaurants) que l’on vendrait à perte pour un volume limité. Cela permettrait de casser l’image de prix excessifs véhiculé par la Réunion…

6/ Vous verrez que ces mesures auront pour impact de faire baisser mécaniquement le prix des billets.

Il faut investir pour développer notre île, notre tourisme et permettre une baisse des prix à la consommation.

La semaine prochaine, je ferai un petit article sur le développement de l’énergie solaire. Je suis en ce moment en contact avec certaines sociétés du secteur pour mon travail… Je vous en parlerai plus longuement. Je pense qu’avec le tourisme, il s’agit du secteur porteur pour les 10 prochaines années.


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2 Commentaires

  1. Article très intéressant.

    Certaines pistes sont à exploiter, maintenant, je ne suis pas sûr que les fonctionnaires dont tu parles soient prêts à abandonner leur siège confortable de si tôt. Puissent-ils lire ton article un jour !

    La Réunion est sous-exploitée et je trouve ça vraiment dommage.

  2. Votre étude est interessante mais manque de vraies solutions.
    Métropolitaine, je vis à la Réunion depuis 5 ans. J’ai beaucoup voyagé.
    Ce qui fait que la Réunion ne sera jamais une destination touristiques à forte demande réside dans la piètr image que les touristes en ont à leur retour.
    Je crains que les campagnes publicitaires ne servent qu’à maintenir un minimum de touristes. En fait, l’image de la Réunion naturelle est très bonne, celle de la Réunion humaine est déplorable.

    PAs de notion de services aux clients, ce qui semble bien est suffisant. Mais PIRE encore, tout le monde attend de l’Etat des gestes, mais personne ne fera l’effort localement, surtout pas ceux qui espèrent faire fructifier leurs intérêts.
    EGOISME en série et inaction en masse.

    Quant aux commentaires comme celui de Yannick, que viennent faire les fonctionnaires dans ce tableau. Au mieux ce seraient des touristes, au pire, ils s’enfoutent comme la plupart des réunionnais. Mais c’est une autre constance ici de critiquer le fonctionnaire sans raison pour cacher son inaction et son mauvais esprit.

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